Manquer la cible - Reflet d'actualité #03-21 - Noalie Dinsenmeyer

30 janvier 2021 - 447 vues

Une approche chrétienne de l’actualité de la semaine…

Manquer la cible

Il y a fort longtemps, dans un pays lointain… rassurez-vous ! Cette chronique concerne bien l’actualité et non un conte de fée. Mais laissez-moi commencer par une histoire qui se déroule il y a bien longtemps, dans un pays lointain. Le personnage principal se nomme Judas. Rien qu’avec ce nom, normalement vous avez saisi. Il s’agit du Judas de la Bible, des Evangiles, du disciple de Jésus. Il y a donc un peu plus de 2.000 ans, à Jérusalem, un homme suit un maître. Cela fait trois ans qu’ils parcourent les villes et les villages de Galilée, Samarie et Judée. Un groupe de douze individus, tous différents, autour d’un homme : Jésus. Commun à l’époque. Ces douze, qu’on appellera plus tard les apôtres, rêvent d’un destin grandiose. Pour eux, Jésus est l’envoyé de Dieu pour rétablir le royaume d’Israël, la royauté de David, de Salomon et de leurs descendants. En chassant les romains, armée d’occupation, ils retrouveront ainsi leur souveraineté, leur liberté. Et puis, on ne sait jamais, si l’un ou l’autre pouvait obtenir une place dans le nouveau gouvernement, ça serait formidable. Mais rien ne se passe comme prévu. Jésus ne cherche pas le pouvoir –bien au contraire- et ne renverse pas les romains. Alors Judas va imaginer un plan pour forcer son maître à se dévoiler. Vous connaissez la suite : Judas trahit Jésus. Il est persuadé que l’issue sera favorable pour tous. Malheureusement, là encore, Jésus ne renverse rien. Il se laissera crucifier !

Judas vient de manquer son but. Son objectif se transforme en drame. Il s’en voudra d’ailleurs tellement qu’il ira se pendre. Double drame.

Il est des évènements dans la vie qui peuvent s’apparenter à ce récit. En voici quelques exemples récents.

 

Un énième discours d’un président en fin de mandat pour mobiliser ses troupes, ses fidèles, ses soutiens inconditionnels. Un discours d’engagement. Un discours où une phrase change tout : « On va marcher sur Pennsylvania Avenue. On va aller au Capitole. » C’était mercredi 6 janvier. L’objectif était d’intimidé le Congrès réuni pour valider le vote des grand-électeurs et ainsi confirmer définitivement l’élection du 46ème président des Etats-Unis d’Amérique. Vous connaissez la suite. Au lieu de simplement intimider, c’est l’intrusion et l’insurrection. La démocratie a vacillé l’espace de quelques heures. L’objectif se transforme en drame.

 

Du côté de l’écologie, nous pourrions citer tous les efforts pour passer de véhicules thermiques (essence ou diesel) à des véhicules électriques. Certes, peut-être qu’à terme, le bilan sera positif. Mais aujourd’hui, si nous regardons au-delà des seules particules rejetées dans l’air, nous constatons encore le travail des enfants dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo. Et puis le retraitement pose encore questions. Même si de nouveaux procédés, plus propres, moins énergivores, moins polluants, voient le jour, ce n’est pas encore l’idéal. Sans oublier les moyens mis en œuvre pour la production massive d’électricité nécessaire. Le bilan total n’atteint pas ses objectifs.

 

Ces derniers jours, ce fut l’effervescence autour des réseaux sociaux WhatsApp, Signal et Telegram. En effet, WhatsApp a décidé, pour des raisons purement commerciales, de partager les données de ses utilisateurs avec Facebook. Rien de bien méchant. Juste un partage de données pour mieux adapter les offres publicitaires envoyées. « Lorsque c’est gratuit, le produit c’est vous » dit l’adage. Contre toute attente, les utilisateurs ont migré sur les réseaux concurrents jugés plus fiables, moins risqués en matière de la confidentialité. WhatsApp vacille au point de repousser son projet afin de calmer la tempête provoquée. L’entreprise a manqué sa cible !

 

Evoquons également les mesures sanitaires liées à la crise de la Covid. Confinement, couvre-feu à 20h puis à 18h, vaccination, etc. Autant de décisions pour sauver des vies. Mais quelles vies ? Là encore, les psychiatres, les sociologues tentent d’alerter sur la santé psychique, morale des plus jeunes générations, principalement celle des 18-30 ans. Certes, avec les mesures de distanciations sociales –quelle terminologie malencontreuse pour parler de distanciations physiques-, les différentes formes de confinement et la vaccination, il semble que de nombreuses vies soient sauvées. Mais combien de vies sont ou seront-elles brisées ? Perte de relations sociales, perte d’emploi, perte d’avenir génèrent des perturbations émotionnelles et des fractures psychiques dont les effets se verront à moyen voire à long terme. L’objectif de sauver des vies sur un plan physique se transforme peu à peu en drame sur les autres plans. Complexe !

 

Un dernier point d’actualité avec l’examen commencé du projet de loi confortant les principes de la République. Préalablement appelé projet de loi renforçant la laïcité, il vise à encadrer les radicalismes religieux et, comme l’a cité le Président Macron, principalement ceux de l’Islam. Les objectifs seront-ils atteints ? Comptons sur l’implication des responsables religieux de tous bords pour éviter une perte de liberté au nom même de celle-ci.

 

Qu’en est-il de nous, de moi dans nos choix quotidiens ? Il arrive parfois de bien réfléchir à une situation, de peser le pour et le contre, de faire le « bon choix » et de s’apercevoir finalement que notre décision manque la cible. Avec humilité reconnaissons-le, simplement. Et puis, en dernier lieu, il existe une démarche formidable : le pardon. Il soulage, libère et répare bien des situations. Il permet surtout d’avancer et de poursuivre son chemin de vie. La cible sera alors atteinte.

 

 

Philippe Aurouze