Laïcité, es-tu morte ?- Reflet d'actualité avec Philippe Penner - Une approche chrétienne de l'actualité de la semaine

11 novembre 2020 - 556 vues

En cette nouvelle semaine d’actualité les sujets ne manquent pas. Coronavirus, test, couvre-feu, confinement, élection américaine, hausse de la violence, loi sur la bioéthique, poussée des nationalismes, explosion de la pauvreté. Je voudrais vous parler d’un sujet qui revient, lui aussi, de manière violente dans l’actualité : la laïcité.

 

Ce week-end le président Turc, Recep Erdogan s’est affiché contre le président français Emmanuel Macron, je cite : "Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'est : 'allez d'abord faire des examens de santé mentale". Le ton monte entre Ankara et Paris, sur la question des caricatures à caractère religieux, entendez particulièrement les caricatures visant l’Islam et le prophète Mahomet. Les deux pays laïcs sont en profond désaccord. C’est à coup de phrases chocs, de déclarations publiques, de boycott de produits d’importation, de convocations diplomatiques que les deux protagonistes s’affrontent. Mais où cette escalade s’arrêtera-t-elle ?

 

Faisons un bref retour sur la chronologie des faits :

Tout commence avec un projet de loi sur le séparatisme religieux. Depuis de nombreuses années, la France voit apparaitre des écoles confessionnelles d’origine musulmane. L’école confessionnelle n’est pas une nouveauté en France. On peut même dire que depuis la séparation de l’Etat et de la religion en 1905, les écoles confessionnelles d’abord catholiques puis juives, protestantes, évangéliques ne cessent d’augmenter. Mais c’est un nouveau phénomène qui apparait : le séparatisme.  Ce terme en lui-même crée déjà l’incompréhension. A quel moment peut-on dire qu’il y a séparatisme ? Qu’est ce qui définit la ligne rouge à ne pas franchir ?  C’est au législateur de répondre à cette question et de définir un cadre et la tâche est ardue.

 

Le deuxième fait marquant qui relance la question de la laïcité, est l’abominable assassinat de Samuel Paty. Cet enseignant d’histoire géographie avait présenté dans le cadre du cours d’éducation civique, les caricatures du journal satirique Charlie hebdo. Suite aux remous idéologiques, créés notamment sur les réseaux sociaux, un jeune radicalisé a lâchement tué cet enseignant laïc en pleine rue, en plein jour. C’est toute la république qui est touchée, le corps enseignant, mais aussi la liberté d’expression qui est encore une fois endeuillée 5 ans après les attaques non moins dramatiques du même journal satirique provoquant la mort de plusieurs personnes de renoms. Lors des obsèques de Samuel Paty au temple de l’enseignement, la Sorbonne, le président Macron dira que la France ne renoncera pas aux caricatures et aux dessins.

 

La troisième étape de ce débat sur la laïcité se fait à présent sur les plateaux télévisés. Chacun, journaliste, sociologue, politique, religieux chrétien, musulman, ou juif commente, argumente ce que doit être la laïcité, ce qu’elle est, ce qu’elle n’est pas. Dans cette cacophonie apologétique difficile de savoir qui a raison et qui a tort. Les défenseurs d’une laïcité dure sans aucun signe ou expression religieuse dans la sphère publique se confrontent à ceux qui prônent une laïcité qui respecte la religion de chacun et donc tolèrent dans la sphère publique les signes religieux. Quel que soit le bord, tout le monde est d’accord pour dire que la violence et l’isolement doctrinal n’ont pas leur place. Mais alors comment trouver un terrain d’entente entre ultrareligieux et libéralistes, entre laïcards et religieux ?

 

Le débat est loin, très loin d’être clôturé. Le pourrait-il un jour ?

 

J’en reviens à présent à ce dernier épisode entre les deux présidents turc et français. J’en reviens finalement à la véritable problématique qui dure depuis des millénaires. Le problème est-il la religion ? la place de la religion dans la société ? La conception de la laïcité ? Non, il n’y a qu’un seul problème depuis Jésus-Christ, ou Mahomet en passant par les croisades jusqu’aux guerres modernes… C’est le problème du pouvoir ! Tantôt exercé par un roi, un empereur ou un dictateur. Tantôt exercé par un pape ou un khalife.

 

Alors oui la laïcité est une très bonne chose mais faut-il la dégager elle aussi de tout abus de pouvoir, de vengeance vis-à-vis de la sphère religieuse ? La religion « abuseur » des peuples peut le devenir aussi sous la forme de la laïcité. La nouvelle religion laïque !

 

Le premier texte laïc bien avant Jean Jaurès ou l’édit de tolérance de Voltaire, fut écrit par un homme qui s’appelait Jésus de Nazareth. Alors que déjà de son temps les chefs religieux voulaient le mettre en porte-à-faux avec les hommes politiques. Il répondit très simplement de rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.

Voici les bases de la laïcité : la séparation des pouvoirs pour que l’on ne confonde pas ce qui est d’ordre spirituel et ce qui est d’ordre législatif et organisationnel.

 

Le dialogue de sourds entre Erdogan et Macron le montre bien. Ils ne parlent pas de la même chose. Ils ne parlent pas au même public. Certains sûrement plus que d’autres se servent de l’actualité pour servir leur propre intérêt de réélection ou pour remonter dans les sondages. Toutefois tout cela n’a rien à voir avec la religion. C’est une question d’égo, de fierté nationale, de fierté personnelle. Et tout ceci n’est pas la faute de la religion. Les seuls coupables sont ceux qui utilisent la foi à des fins personnelles.

 

Alors Non la laïcité n’est pas morte car c’est à nous tous de la faire vivre et de la défendre comme une valeur fondamentale tout comme l’est la liberté, l’égalité ou la fraternité.

Philippe Penner, le mardi 27 octobre 2020