De la lumière aux chaos - Reflet d'actualtié #02-21 - Philippe Penner

30 janvier 2021 - 450 vues

« De la lumière au chaos »

En préparant cette chronique, j’écoutais d’une oreille les informations sur la radio publique française « France info ». Nous étions le 7 janvier au matin, et la veille les chaines d’informations passaient en boucle les événements qui venaient de se dérouler aux Etats-Unis, au cœur même de la démocratie de la première puissance mondiale. Le capitole, haut-lieu de l’histoire américaine, lieu où siègent les Elus du pays, lieu de dialogue, de confrontation et de décisions politiques majeurs est devenu le temps de quelques heures, un lieu de chaos et même malheureusement de mort.

Quelques jours auparavant le candidat perdant les élections présidentielles américaines de 2020, Donald Trump, avait convié tous ses partisans pour, comme l’on présenté les politologues, un baroud d’honneur. Le président en instance de départ voulait afficher sa détermination pour dénoncer une élection, selon son propos, volée. C’est par milliers que ce 6 janvier, ils manifestent dans la capitale. Rapidement les choses dégénèrent. Les manifestants veulent se faire entendre clairement par les élus réunis au même moment dans le congrès pour certifier l’élection de Joe Biden. Les groupes les plus radicaux, avec force, pénètrent alors dans le bâtiment et dans une confusion totale arrivent à interrompre la session. Finalement, quelques heures plus tard, la chambre des représentants et le Sénat ont confirmé l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis et ce dernier prendra bien ses fonctions le 20 janvier.

 

Tous les anciens présidents américains, de Jimmy Carter à Barack Obama, qu’ils soient républicains, du camp de Donald Trump, démocrate, du parti de Biden, réagissent rapidement et qualifient l’épisode de honte, consternation, digne d’une république bananière, d’attaque, de coup d’état ou de tragédie nationale.

Les paroles de Barack Obama, prédécesseur de Donald Trump, sont sans appel et je cite : « L’histoire se souviendra des violences d’aujourd’hui au capitole, encouragées par un président qui a menti sans relâche sur l’issue d’une élection, comme d’un moment de déshonneur pour notre pays. »

 

Il y a quelques semaines Barack Obama sortait en France le tome 1 de ses mémoires de président. Le journaliste français, François Busnel l’interrogea sur cette biographie intitulée : la terre promise. Nous connaissons tous ce président d’une grande classe, n’oubliant jamais de saluer chaleureusement le public à distance mais aussi le soldat au pied de son hélicoptère ou la ménagère qu’il croise dans les coulisses avant un discours officiel. J’ai été ému d’un passage particulier de cette interview lorsqu’il met l’accent sur le fait de ne pas confondre qui « il est » et la fonction qu’il occupe. Je paraphrase ici : Quand vous rentrez dans une pièce les gens se lèvent. Mais le font il pour moi ou pour la fonction que je représente ? Dans son livre, il évoque cette question de la responsabilité en disant : j’ai pris conscience de la responsabilité qui était la mienne dès le début de ma campagne présidentielle en voyant tous les espoirs que les gens mettaient en moi. Selon ses dires c’est cette prise de conscience qui lui a permis de garder la tête froide. De ne pas devenir, un homme s’accrochant au pourvoir et de rester digne dans sa fonction.

 

C’est ce qui rapproche les deux personnes que nous évoquons dans cette chronique, Donald Trump et Barack Obama. Ils ont tous deux occupé la plus haute fonction, président des Etats-Unis. Ils ont tous deux eu les titres de président, chef de la nation, chef des armées.

 

Qu’est-ce que les gens sont-ils prêts à faire pour un titre ? Sur qui sont-ils prêts à marcher pour avoir la fonction de ? A quoi sont-ils prêts à renoncer pour l’obtenir ?

 

Ce que nous avons vu au Capitole se répète encore et encore dans l’histoire. Que ce soit dans le domaine politique comme ici, jusqu’au domaine le plus anodin comme le monde associatif ou le conseil de quartier ou syndical de notre immeuble, qu’est-ce que les gens sont-ils prêts à faire pour être reconnus ?

 

Du temps de Jésus, nombre de ses contradicteurs ont des titres : les pharisiens ces chefs religieux et politiques ; les sadducéens, chefs d’un autre courant religieux ; les scribes, garants de l’écriture. Et l’on passe sur les gouverneurs, prêtres, centurions, sacrificateurs, anciens qui remplissent d’autres fonctions politiques, religieuses ou militaires.

 

Mais il y a un titre que nous n’avons pas évoqué : Fils de Dieu ! Il est intéressant de voir que ce titre est souvent évoqué dans les évangiles pour parler de Jésus. La veuve, le paralysé, le sourd reconnaissent ce titre au Christ. Pardonnez-moi cette distorsion : président du monde.

Il est encore plus surprenant qu’en retour Jésus appelle ces gens des enfants de Dieu, des fils de Dieu. Quel scandale pour les chefs de l’époque que Jésus s’autoproclame fils de Dieu… mais quel plus grand scandale encore qu’il appelle fils de Dieu ces petites gens ! Et pourtant c’est bien ce que nous sommes : des enfants de Dieu.

Vous pouvez avoir le titre que vous voulez. Présidez des commissions de travail, des entreprises voire même des états. Il y a un titre que personne ne peut vous prendre, un titre que vous ne pouvez pas prendre, car il vous est donné, c’est celui de fils de Dieu. Et quelle joie, privilège mais aussi responsabilité de porter ce titre.

Philippe Penner