Comme avant ! Reflet d'actualité, une chronique qui porte un regard chrétien sur l'actualité - J. Fayard

27 mai 2020 - 85 vues

Reflets d’actualité, une approche chrétienne de l’actualité de la semaine

Lorsque les difficultés s’accumulent sur nos vies, lorsqu’elles durent dans le temps, lorsque – comme on le dit familièrement – on ne voit pas le bout du tunnel, il peut arriver que dans un soupir de lassitude, on se laisse aller à prononcer une expression telle : « ah, si tout pouvait redevenir comme avant ! ».
Cette période de pandémie qui traverse le monde, l’Europe et la France, n’échappe pas à cette règle. Avec l’arrivée de la maladie et son expansion, après ces différentes étapes où l’on a commencé d’abord par compter le nombre de personnes contaminées, puis de personnes décédées des suites du virus : par dizaines, puis par centaines et même par milliers, on a subi des restrictions de plus en plus sévères, allant jusqu’à ce fameux confinement de près de deux mois. Alors que l’on commence timidement à renouer, mais avec quelles prudences et force masques obligatoires, j’ai entendu dans un reportage une personne qui soupirait ainsi en disant « mais quand retrouverons-nous le temps d’avant ? ».
Alors j’ai essayé de me souvenir de ce temps d’avant la pandémie, essayant de me resituer dans ce fameux temps d’avant. Et vous savez ce que l’on y trouve dans ce fameux temps d’avant auquel certains semblent vouloir revenir ?
Rappelez-vous ! Nous étions en pleine crise de protestations contre le gouvernement qui voulait réformer la répartition des retraites. Et cela dans la confrontation, et avec des grèves à répétitions. Et cette crise des retraites venait juste de succéder à une autre, celle des gilets jaunes, qui d’ailleurs était toujours en cours avec leur fameux slogan « ce qui nous importe, ce n’est pas la fin du monde, mais la fin du mois ! »
Oui, un événement chassant l’autre, il peut arriver que le temps suivant étant au final pire que celui vécu précédemment, on en vienne à regretter « le temps d’avant ».
Lorsqu’une situation évolue et se dégrade, il est humain de vouloir revenir à la situation antérieure. Et ici, c’est bien, afin d’échapper aux temps anxiogènes de la pandémie, que fait référence cette phrase du retour en arrière.
Il y a quelques jours paraissait dans l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles » un article intitulé : « Juliette Binoche, Pierre Niney, Nicolas Hulot… Les pétitions creuses des VIP, l’autre épidémie qui nous guette ». https://cutt.ly/GybyIvc
Et l’auteur se moquait de ces alertes qui font circuler listes et pétitions pour que des prises de conscience se fassent et que l’on cesse de ne penser qu’en terme de futur immédiat afin de la remplacer par une vision plus large qui engloberait le monde dans son ensemble, dans sa fragilité. En somme, concevoir le monde avec le respect que l’on trouve énoncé dans ce proverbe attribué aux amérindiens : Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants et aux générations futures ».
Car revenir « comme avant », pourquoi pas, mais ce serait pour remonter à quel temps, quel avant ? Celui dont je viens de parler avec ces grèves et ce pays bloqué ? Pas sûr que cela nous tente. Mais alors plus loin encore, au début de l’ère industrielle peut-être ! Ou plus avant encore, à la révolution française, au Moyen-Age ? Ou bien, bien plus avant encore au début du christianisme ou même au temps des pyramides ?
Quelle serait la période heureuse et paisible que l’on voudrait voir ressurgir afin d’y vivre ces jours heureux tant souhaités ?
Cette propension à vouloir revenir « comme c’était avant » appartient bien à la pensée humaine. Souvenons-nous de ce cri poussé par le peuple hébreu à peine sorti de l’esclavage en pays d’Égypte. On peut lire ces passages dans les chapitres 16 et suivants du livre de l’Exode, où nous voyons le peuple regretter le temps d’avant alors qu’il mangeait à sa faim au temps de sa servitude en Égypte.
« Comme avant » c’est aussi faire référence au passé, à notre jeunesse envolée, à ce que nous rêvions d’accomplir et qui peut-être ne s’est pas fait.
Il me semble que si nous voulons vivre sans regrets, ce n’est pas en évoquant le passé que nous l’obtiendrons, mais c’est bien plutôt en nous tournant vers l’avenir et en travaillant, en nous investissant pour le rendre meilleur et même au regard d’aujourd’hui, possible.
Pour paraphraser une phrase célèbre d’un discours du président Kennedy, qui avait dit « ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’Amérique ! », alors nous pourrions peut-être nous demander : « ne nous demandons pas ce qui a été fait dans le passé, mais tournons-nous vers l’avenir et regardons ce que nous pourrions faire pour rendre le futur possible ».
Il y a sûrement des enseignements à tirer du passé. Mais plutôt que de souhaiter y revenir, peut-être pourrions-nous imaginer, inventer un futur plus heureux et surtout plus égalitaire. Car puis-je être vraiment heureux dans l’opulence si à l’autre bout de la planète, une autre humanité meurt de faim ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est à craindre que si nous ne changeons rien, les événements qui nous ont amenés à vivre cette période difficile auront toutes les chances de se reproduire.
L’humanité est très fière d’avoir dans le passé mis le pied sur la lune. Mais cela c’est le passé. L’écrivain François Mauriac a déclaré : « Il ne sert de rien à l’homme de gagner la lune s’il vient à perdre la Terre ». Cela pourrait être, devrait être le combat de tous ceux qui veulent encore parler d’avenir. Alors et sans regret pour le passé, je préfère me tourner vers l’avenir pour être parmi ces faiseurs d’espoirs.
Alors au terme de ces réflexions, décidément NON, je n’ai pas envie de revenir « comme avant » mais bien plutôt en tant que chrétien de me tourner vers l’avenir, vers ce temps promis par le Christ, vers ce futur de paix et de gloire qu’il me promet de vivre auprès de Lui.


Joël Fayard

En partenariat avec HopeChannel France