Pour un nom - Reflets d'actualité avec Philippe Aurouze

26 septembre 2020 - 162 vues
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Reflets d’actualité :
Une approche chrétienne de l’actualité de la semaine…

Pour un nom
En cette période de rentrée scolaire, universitaire, avec cette reprise d’activité malgré le spectre pandémique et ses peurs légitimes, les affaires judiciaires passionnent moins. D’autant que la plupart ne nous concernent pas ou n’ont que peu de retentissement médiatique. J’aurais pu, pour cette chronique, réfléchir au procès des attentats de 2015. Charlie hebdo, l’hyper casher et tout ce que nous avons connu cette année-là. Mais, dans un contexte encore anxiogène, j’ai préféré m’attarder sur un autre
fait judiciaire, moins pesant.
Il s’agit néanmoins de l’avant-dernier acte d’une procédure débutée il y a plus de 20 ans. La dernière audience devant la cour d’appel de Bruxelles s’est tenue le 10 septembre de cette année. Vous avez bien entendu : cour de Bruxelles ! Nous allons donc nous déporter vers le plat pays, comme l’a si bien chanté Jacques Brel.

Tout commence le 19 octobre 1999 par la publication d’une biographie de la reine Paola de Belgique. Au fil des pages, l’auteure, une jeune journaliste, révèle la relation extra-conjugale entretenue par le roi Albert II. De cette relation secrète nait une fille, Delphine Michèle Anne Marie Ghislaine Boël. Les années passent. Delphine grandit et devient artiste. Alors qu’elle a quarante-cinq ans, âge des questionnements existentiels et suite aux révélations devenues publiques, elle entend obtenir la reconnaissance officielle de sa filiation. Comme l’indique Francetvinfo1 « après de nombreuses péripéties, l’ex-roi des Belges Albert II a admis, lundi 27 janvier [2020], être le père biologique d’une fille née hors mariage il y a plus de cinquante ans, à la suite d’un test ADN auquel la justice l’a contraint, après plusieurs années de procédure. »

Lors de l’audience du 10 septembre, par la voix de son avocat, Albert II décidait de ne plus s’opposer à la demande de celle-ci d’être reconnu comme son père légal. Fin de la saga judiciaire. Début d’une autre histoire. Comment et quelles relations Delphine et son père biologique entretiendront-ils ? Cela les regarde. Au regard de leur notoriété il semble peu probable que cela reste dans la sphère privée. Je ne sais pas si Delphine Boël appellera finalement Albert II « Papa ». Mais elle portera son nom. Elle deviendra Delphine de Saxe-Cobourg. Et, de fait, elle bénéficiera de tous les avantages liés à sa filiation à savoir un titre : « princesse de Belgique » mais aussi une part de l’héritage auquel tous les enfants ont droit.
Qu’en est-il de moi, de vous ? Qu’en est-il de nos questionnements existentiels, de nos questionnements liés à nos parents, grands-parents ? Qu’en est-il de notrefiliation ? Nous avons tous un nom. Un nom de famille.
Pour la plupart, nous connaissons nos deux parents et notre arbre généalogique sur au moins trois générations. Rares sont ceux à pouvoir bénéficier d’un nom prestigieux tel que Windsor, Grimaldi, Kennedy, Rockefeller, Michelin, Peugeot ou même Kardashian pour les plus jeunes.
Vingt ans de batailles devant les tribunaux pour enfin être reconnue par son père biologique. Delphine avait ses raisons et aspirait à la reconnaissance de ses droits. D’autres ont les leurs également : enfants adoptés en quête de leur identité ; enfants déracinés en quête d’origine ; enfants désireux de se construire en quête d’une histoire, d’un enracinement ; tous se plongent dans une généalogie parlante. Nombreuses sont les raisons poussant les uns et les autres à rechercher un nom, une famille.
La Bible nous invite à accepter une filiation bien plus grande que celle que nous connaissons avec nos parents. Elle nous invite à remonter à la source, au Créateur.
Comme l’écrivait l’apôtre Paul, « […] c’est l’Esprit Saint qui fait de vous des enfants de Dieu et qui nous permet de crier à Dieu : « Papa, ô mon Père ! ». L’Esprit de Dieu atteste lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Nous sommes ses enfants, donc nous aurons aussi part aux biens que Dieu a promis à son peuple… » 2
Pas besoin de procès, de batailles judiciaires, de test ADN ! Nous sommes tous enfants de Dieu. Et, à l’inverse de Delphine et d’Albert, ce n’est pas au père de reconnaitre sa progéniture mais à celle-ci de reconnaitre son père.
Quel que soit notre chemin de vie, notre filiation, notre histoire familiale heureuse ou malheureuse, prestigieuse ou non, nous avons un père qui nous aime. Tant mieux pour celles et ceux qui bénéficient de cela avec leur famille charnelle.
Mais pour tous, « le Christ Jésus est donc venu annoncer la Bonne Nouvelle de la paix à vous les plus lointains comme aux plus proches. Et c’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous pouvons nous présenter devant Dieu, le Père.
Ainsi, nous ne sommes plus des étrangers, ni des gens venus d’ailleurs ; nous sommes concitoyens des membres du peuple de Dieu, nous appartenons à la famille de Dieu. »3
Et ça change la vie !
Nous savons d’où nous venons, de qui nous sommes, à quelle famille nous appartenons. Finalement, notre nom dépasse tous les titres de noblesse ou de notoriété. Nous bénéficions d’un Père et de tous ses privilèges.
Delphine continuera d’écrire son histoire avec ses deux pères.
A nous d’écrire la nôtre avec aussi nos deux pères.


1 https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/belgique-l-ex-roi-albert-albert-ii-reconnait-une-filleillegitime-
apres-un-test-adn_3802095.htmlPhilippe Aurouze : édito enregistré le mardi 15 septembre – semaine 2020-38

2 Romains 8.15-17 (BFC)
3 Ephésiens 2.17-19 (mélange NBS & BFC et adapté)